Jeanine Añez, pourquoi haïssez-vous les Indiens ?

La dirigeante autoproclamée anticonstitutionnelle de la Bolivie, Jeanine Añez, semble être une descendante des Añez de Séville, en Espagne. Et par son prénom, de quelque communauté francophone ou anglophone. Cependant, ses caractéristiques physiques (front et pommettes prononcés, nez semi-aigle, lèvres minuscules et cheveux épais) la trahissent en tant que descendante indigène des Andes boliviennes, malgré ses cheveux teints.

Dans les républiques créoles, il était (et est toujours) très courant l’hispanisation (ou les traducteurs) des noms de famille indigènes afin d’être « autorisés » à être citoyens dans les États ethnophages.

Ainsi, par exemple, les Mamani (qui signifie aigle en aymara) étaient inscrits au registre civil sous les noms de Aguilar, Halcón, etc. Les Qhespi étaient enregistrés sous les noms de Quispe, Quisbert, etc.

Dans le cas de la Bolivienne autoproclamée Jeanine Añez, son nom de famille était initialement Añas (qui en quechua signifie mouffette), mais ses ancêtres l’ont hispanisé comme Añez afin d’éviter et/ou d’atténuer la discrimination raciale quotidienne, et donc de cette manière d’essayer de lui léguer une « citoyenneté ».

Il est certain que les ancêtres immédiats de Jeanine ont migré de la zone andine de la Bolivie vers le département amazonien de Beni, lors des vagues migratoires internes promues par l’État bolivien, au cours du siècle dernier. Et, comme tous les migrants andins de la deuxième génération, elle se veut plus de camba (habitant de la partie orientale du pays) que les indigènes locaux eux-mêmes.

D’où vient le racisme et le fondamentalisme de Jeanine Añez ?

Ses différents messages racistes et fondamentalistes publiés sur les réseaux sociaux contre les peuples indigènes, la froideur avec laquelle elle a libéré de leur responsabilité pénale, par un décret, les militaires et les policiers qui ont massacré en quelques heures plus de 30 personnes aymaras et quechuas sous son règne, et le naturel avec lequel elle peut parler à ses victimes de la « culture de la non-violence », dans un pays dont les rues sont imprégnées de l’odeur du sang humain frais, nous indiquent qu’Añez est une femme raciste.

Elle souffre d’une schizophrénie culturelle/identitaire qui lui fait haïr ce qu’elle est (indigène) et aimer ce qu’elle n’est pas (espagnole), un produit de sa condition de femme colonisée.

Elle déteste son corps indigène, tente de cacher ses traits indigènes afin d’être « acceptée » comme membre de la « famille camba », censée descendre des Espagnols. L’identité Camba, en fait, est enracinée dans le déni violent d' »être Qholla » (andin). Les massacres contre les peuples indigènes sont, dans une large mesure, des actions affirmatives de l' »identité camba ». Añez a dû mener des actions de discrimination positive comme Añez pour prouver qu’il n’est pas Añas.

Un indigène opportuniste, pour devenir un « Indien autorisé » dans le système colonial et/ou républicain, devait nécessairement trahir/vendre, sacrifier, ses proches. Ce n’est que de cette manière qu’elle a pu bénéficier du « bénéfice du doute » du patron. En d’autres termes, plus un « Indien assimilé » exprime de la haine et du mépris envers les siens, plus il se sent « accepté et aimé » par son maître. Mais ne sera jamais accepté ni aimé comme faisant partie de son ghetto.

Jeanine Añez souffre de ce syndrome de la femme inhabitée. Elle rêve, lutte, voire massacre sa famille indigène, pour montrer qu’elle n’est pas indigène, mais elle ne deviendra jamais la femme sévillane ou andalouse qu’elle rêve d’être. Car les cambas ne l’admettront jamais en tant que telle, et ses caractéristiques de qhollas ne lui permettront pas d’être camba.

La vérité est que ce dictateur démocrate-chrétien de cinquante ans s’enfonce dans le vortex de l’anomie existentielle, consumé par la culpabilité d’être la Malinche de l’Amérique latine plurinationale au XXIe siècle.

Itzamná Ollantay

TeleSur / traduction : Venesol