Guaido utilisera les fonds gelés par les États-Unis pour payer les salaires de l’opposition au Venezuela

Les législateurs et diplomates pro-Guaido vont empocher près d’un tiers d’un « Fonds de libération » de 80 millions de dollars.

Les parlementaires de l’opposition vénézuélienne se sont octroyé un salaire mensuel de 5 000 dollars US, a rapporté jeudi l’Associated Press (AP).
Deux députés de l’opposition et trois collaborateurs anonymes du leader de l’opposition Juan Guaido ont confirmé les salaires, craignant que la divulgation de ces informations ne provoque de nouvelles dissensions dans les rangs des antigouvernementaux. La disposition relative au paiement des salaires a été insérée dans un projet de loi adopté la semaine dernière par les parlementaires fidèles à Guaido. Le texte établit un « Fonds de libération » de 80 millions de dollars. Celui-ci est notamment destiné à offrir aux travailleurs de la santé luttant contre la pandémie de coronavirus des primes de 100 dollars US pendant une durée de trois mois.

Environ 60 000 travailleurs des soins de santé auraient droit à ce bonus mensuel, qui sera transféré électroniquement via une plate-forme numérique gérée par l’Organisation des États américains [NdlT : avec un coût de 9,2 millions $]. Toutefois, il subsiste des doutes quant à l’accès des bénéficiaires à cette prime. En effet, la plupart des transactions monétaires au Venezuela se font par des paiements physiques en dollars ou des paiements électroniques en bolivars.

Lors de l’annonce du plan la semaine dernière, Guaido n’avait pas divulgué que 13,6 millions de dollars, soit 17 % des fonds, sont destinés à « la défense et au renforcement du pouvoir législatif national et de la protection sociale de ses membres », qui seront versés rétroactivement au mois de janvier.
Guaido s’est proclamé « président par intérim » en janvier 2019 et a été immédiatement reconnu par Washington. Les USA ont imposé un embargo pétrolier et ont décidé de geler environ 11,6 milliards de dollars d’actifs de l’État vénézuélien aux États-Unis. Ces actifs comprennent des comptes bancaires ainsi que CITGO, la filiale américaine de la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA.

Selon AP, le « Fonds de libération » sera financé par des capitaux gelés sur des comptes du gouvernement vénézuélien basés aux États-Unis.
L’administration Trump a récemment transféré 342 millions de dollars appartenant à la Banque centrale du Venezuela (BCV) d’un compte Citibank gelé à un compte de la Réserve fédérale de New York. L’opposition dirigée par Guaido aurait « approuvé » cette mesure, que la BCV a qualifiée de « pillage ».

AP rapporte que 11 % supplémentaires des 80 millions de dollars alloués couvriront les dépenses du personnel diplomatique dans les pays qui reconnaissent Guaido, tandis que d’autres fonds seront consacrés à la communication et à la coopération judiciaire à l’étranger.
Le plan contient également une disposition visant à inclure des parlementaires de substitution dans la masse salariale mensuelle de 5 000 dollars. Néanmoins, il reste à voir combien de parlementaires de l’Assemblée nationale contrôlée par l’opposition recevront ces salaires.
Rappelons que Guaido a perdu la présidence de l’Assemblée nationale en janvier, suite à une scission de l’opposition. Il a procédé à la mise en place d’un parlement parallèle composé en grande partie de parlementaires suppléants et exilés. Cette chambre en exil conserve le soutien des États-Unis, des pays alliés régionaux et de l’Union européenne.

La faction dissidente de l’opposition actuellement à la tête de l’Assemblée nationale sous le président Luis Parra, ainsi que les parlementaires progouvernementaux, sera très probablement exclue des mesures annoncées. En effet, Parra et d’autres figures de l’opposition ont été sanctionnés après avoir rompu les rangs avec Guaido en janvier 2020.
Guaido n’a pas encore eu accès aux 80 millions de dollars, que l’administration Trump doit apparemment approuver en accordant une licence spéciale d’accès contrôlée par une commission de cinq membres. Par le passé, Washington a distribué des fonds à plusieurs reprises à l’opposition vénézuélienne, dont 98 millions de dollars en octobre et 52 millions de dollars en septembre de l’année dernière.

L’opposition vénézuélienne sous le régime de Guaido s’est enlisée dans des scandales de corruption au cours du second semestre 2019. Il a été révélé que les envoyés du chef de l’opposition en Colombie avaient détourné des centaines de milliers de dollars d' »aide humanitaire » destinés aux soldats déserteurs, tandis que des allégations de corruption pèsent sur la gestion d’une filiale pétrochimique vénézuélienne en Colombie par l’opposition. Guaido a également fait l’objet de critiques après la publication de photos le montrant posant aux côtés des célèbres barons de la drogue colombiens Los Rastrojos.

Santiago du Chili, 23 avril 2020

venezuelanalysis / traduit par Venesol