Séisme dans l’opposition

Des événements importants se sont produits la semaine dernière dans la politique vénézuélienne. Suite à un accord entre le gouvernement vénézuélien et les partis anti-chavistes participant à la Table de Dialogue National, la Cour suprême de justice (TSJ) a été formellement appelée à nommer un nouveau Conseil National Électoral (CNE), étant donné le non-respect de la loi par le Parlement vénézuélien et sa négligence à l’égard de la commission des nominations électorales.

Les recteurs du CNE ont été nommés quelques jours plus tard, franchissant ainsi une étape fondamentale vers la tenue d’élections législatives cette année afin de renouveler la composition du pouvoir législatif, comme le prévoit la Constitution vénézuélienne.

Comme on pouvait s’y attendre, les partis traditionnels du « G4 » (Voluntad Popular, Primero Justicia, Acción Democrática y Un Nuevo Tiempo) ont rejeté la désignation et ont indiqué qu’ils ne participeraient pas aux prochaines élections.

Le député Juan Guaidó, dans un nouveau coup porté à l’ordre juridique du pays, a déclaré qu’il prolongerait la validité de sa fausse « présidence par intérim », basée sur le soutien des États-Unis et d’autres pays occidentaux à sa présidence du Parlement vénézuélien, ignorant que plus tôt cette année, le député de l’opposition Luis Parra l’a remplacé à la présidence de celui-ci.

La composition du nouveau CNE a accru les tensions au sein de l’anti-chavisme, en radicalisant ses dissensions internes. Ceux qui font partie de la Table de Dialogue National analysent les élections législatives comme une opportunité d’évacuer les partis traditionnels de l’échiquier politique et électoral, ce à quoi le G4 a répondu par un renforcement de sa ligne abstentionniste.

Le chantage est à double sens : alors que le G4 accuse les partis périphériques de favoriser la stabilité du « régime Maduro », les acteurs traditionnellement exclus de la direction politique de l’anti-chavisme affirment que l’abstention ne favorise pas le changement politique.

Avec l’augmentation des frictions, les blocs anti-chavistes semblent se fragmenter encore plus : il y a les rivaux de Guaidó, comme María Corina Machado, qui ne sont pas d’accord ni avec les participants à la Table de Dialogue National ni avec le G4, et d’autres, comme Henrique Capriles, qui parient sur les élections législatives à contre-courant des tendances dominantes de son propre parti, le Primero Justicia.

Réunion de la Table de dialogue national, décembre 2019. Photo : Médias

La maxime selon laquelle « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » ne s’applique pas lorsqu’on parle d’anti-chavisme.

Le G4 a essayé de se montrer comme un bloc solide et unitaire, capable d’attirer la majorité des anti-chavistes lors des prochaines élections. Mais tout ne va pas pour le mieux.

Depuis le début du mois de juin, le parti de Juan Guaidó, Voluntad Popular, a subi la démission de trois de ses cadres dirigeants : Rosmit Mantilla (député), Ana Karina Garcia (« militante des droits de l’homme ») et Gaby Arellano (députée).

Dans les trois cas, les anciens dirigeants affirment qu’il y a eu des divergences politiques par rapport au processus de dialogue et des problèmes d’organisation et de leadership, faisant référence entre les lignes à la direction de Juan Guaidó à la tête de l’organisation créée par Leopoldo López.

Ces faits représentent une métaphore de la situation actuelle du faux président de l’Assemblée Nnationale : Guaidó tente de se projeter comme le leader incontesté du Venezuela, mais il n’a, en réalité, aucun contrôle sur l’organisation de son propre parti.

Dans la formation symbolique de la social-démocratie vénézuélienne, le parti Acción Democrática, il y a également eu une révolte interne due à la nomination du nouveau CNE.

Le secrétaire général de l’organisation, Bernabé Gutiérrez, a publiquement appelé à un référendum interne pour décider si le parti devait ou non se présenter aux élections législatives, défiant ainsi clairement le leader du parti blanc, le député Henry Ramos Allup.

Bernabe Gutierrez et Henry Ramos Allup. Photo : Archive

La rébellion a été partiellement surmontée. Le dirigeants du parti ont apporté leur soutien à Ramos Allup, qui a décidé de ne pas participer aux élections, mais un groupe de députés, de gouverneurs et de maires demandent que le débat soit ouvert au sein du parti pour décider de la direction du parti. La position de leader de Ramos Allup a été remise en question.

Le frère de Bernabé Gutiérrez, José Luis Gutiérrez, est un des nouveaux recteurs nommés par le TSJ, un fait qui a déclenché la crise de l’Acción Democrática après qu’on ait suspecté Ramos Allup de l’avoir présenté dans le dos du G4. Bien qu’il ait nié tout lien avec cette nomination, les doutes ne sont pas entièrement dissipés.

Les difficultés des organisations anti-chavistes atteint également Primero Justicia, une formation qui présente plusieurs tendances internes inconciliables : celle des députés Luis Parra et José Brito, tous deux en guerre contre Guaidó, et celle de Julio Borges et Henrique Capriles, désormais confrontés à la position abstentionniste aux élections du faux chancelier de Guaidó.

La subordination politique aux directives de Washington a été la clé du démantèlement de la coalition anti-chaviste. L’utilisation sanctions contre ceux qui décident d’aller aux élections a généré un comportement autoritaire au sein de l’élite politique du G4, lié aux flux d’argent et au soutien publicitaire venant de Washington.

Ainsi, les divisions de l’anti-chavisme sont une conséquence logique de la campagne américaine de « pression maximale », visant à détruire toute initiative de dialogue politique qui pourrait détendre le climat de confrontation.

La répartition de l’argent et le mode d’action ont toujours été un facteur de division dans l’anti-chavisme. Mais ce n’est pas le seul élément qui conduit à des vagues intenses de guerre politique interne.

Il y a également un problème de fond, lié à la nature même de la coalition. Le ciment qui unit le G4 est la confiance aveugle dans la stratégie états-unienne de renversement du chavisme, qui, selon eux, se traduira par la prise de positions dans le Gouvernement en reconnaissance de leur loyauté.

Mais comme cela ne s’est pas produit, les différences de fond s’accentuent : chaque secteur ayant une idée différente de la voie vers le pouvoir.

Et en ce sens, les élections législatives sont un défi : la bataille électorale nécessite des organisations de partis bien huilées, avec une présence politique dans des dizaines de circonscriptions à travers tout le pays.

Sans organisation, sans référents politiques et sans cadres dirigeants capables d’attirer des voix dans la périphérie du pays, la démographie électorale est un facteur qui joue contre eux face à des formations politiques, telles que le PSUV, dont les militants sont beaucoup mieux préparés, beaucoup plus actifs et organisés.

Photo : PSUV

La dénationalisation de l’élite de droite vénézuélienne et sa propre annulation en tant qu’acteur politique face aux directives de Washington ont contribué au démantèlement de sa capacité à affronter la politique sur le terrain légal.

C’est la raison de leur fuite en avant : attendre un coup d’État qui favoriserait leur retour au pouvoir politique par la voie rapide du coup d’État, de l’assassinat du Président ou d’une intervention militaire. En attendant, les partis exclus cherchent à conquérir l’espace vide créé par la paralysie du G4.

Source : https://www.resumenlatinoamericano.org/

Traduction : Venesol