Le gouvernement putschiste bolivien harcèle les observateurs internationaux

Pisarello : « S’ils intimident ainsi les observateurs internationaux accrédités par le Tribunal suprême électoral, nous ne voulons pas imaginer jusqu’où vont l’intimidation et la menace pour les citoyens ordinaires de Bolivie qui pensent différemment du gouvernement Áñez. »

Eduardo Inda, directeur et rédacteur en chef d’OKdiario,
et Jeanine Áñez, présidente de facto de la Bolivie

Le gouvernement putschiste bolivien harcèle les observateurs internationaux qui sont arrivés ou tentent d’entrer dans le pays pour les élections de ce dimanche. Plusieurs délégations l’ont dénoncé, dont celle des Espagnols Gerardo Pisarello et Lucía Muñoz Dalda — de Podemos — et Fran Pérez Esteban et Maite Mola — d’Izquierda Unida. L’homme d’affaires et ministre du gouvernement de facto de Bolivie, Arturo Murillo, a même déclaré sur son profil Twitter que « nos élections seront une fête démocratique, plus il y aura d’observateurs, mieux ce sera pour tout le monde. Nous avertissons que les agitateurs et les personnes qui cherchent à provoquer des violences ne sont pas les bienvenus. On les met dans un avion ou derrière les barreaux. Conduisez-vous bien, nous savons qui vous êtes et où vous êtes ».

« Ils préparent un scénario suivant lequel, si le résultat de dimanche ne correspond pas à celui qu’ils souhaitent, ils vont provoquer des affrontements dans les rues et viser les observateurs internationaux qui, selon eux, seraient à l’origine de la situation frauduleuse qui se serait produite et qui seraient venus provoquer la Bolivie. Plus grave encore, d’après plusieurs messages qui nous sont parvenus, dans notre cas, ces fakes news sont étroitement liées au parti d’extrême-droite espagnol Vox. C’est pour cette raison que OKdiario (site de désinformation espagnol) a accès à des images de la police qu’ils n’auraient pu se procurer autrement », a expliqué Pisarello, député de Unidas Podemos et premier secrétaire du Congrès des Députés, à La Ultima Hora depuis la Bolivie

« Quand nous sommes arrivés, ce tweet de Murillo est sorti avec des messages intimidants aux observateurs. Peu après un « article » a été publié sur OKdiario qui montre que OKdiario, Vox et le Gouvernement et la Police boliviens sont en contact, parce que les images de nous qui ont été publiées proviennent du département des migrations et qu’il a été dit à tort que nous étions entrés comme touristes, alors qu’en fait nous avons explicitement dit que nous venions comme observateurs internationaux. Sinon, on ne peut expliquer que le Tribunal Suprême Électoral lui-même nous a accrédités, et que nous sommes actuellement accrédités », a expliqué M. Pisarello.

Cette « info » d’OKdiario est reprise dans certains journaux boliviens et maintenant nos visages apparaissent à la télévision en disant que nous sommes des gens dangereux et que dimanche nous risquons de provoquer du désordre. C’est ainsi qu’ils tentent de créer un climat d’intimidation pour discréditer notre rôle d’observateurs. Nous serions simplement des agitateurs partisans du MAS (Mouvement vers le Socialisme) qui seraient ici pour inciter à la violence. Le danger est qu’ils font circuler cette « info » par chats à La Paz », a expliqué Pisarello. Aujourd’hui, OKdiario publie à nouveau un « reportage » avec des photos sur lesquelles on nous voit dans l’hôtel où nous sommes descendus. En commentaire, il est dit que c’est un hôtel de millionnaires… mais ce n’est pas nous qui l’avons choisi, toutes les délégations y sont logées et c’est là où le Tribunal suprême électoral prépare la formation et la logistique pour les élections de dimanche et pour lesquelles nous avons payé 75 dollars par nuit, mais c’est le genre de campagne qu’ils produisent », a-t-il ajouté.

La délégation argentine maltraitée

La présidente de l’APL (Assemblée législative plurinationale) de Bolivie, Eva Copa, a également dénoncé que le gouvernement de facto entrave l’entrée des observateurs internationaux pour les élections en Bolivie. En effet, ce vendredi, ils ont tenté d’empêcher l’entrée dans le pays de la délégation argentine invitée par l’ALP et conduite par le député du Frente de Todos Federico Fagioli. Le candidat du MAS, Luis Arce — fidèle au président déchu Evo Morales — a également dénoncé ces événements et a demandé au gouvernement de facto de respecter les droits des observateurs internationaux qui se trouvent en Bolivie pour assurer le bon déroulement des élections.

« Hier, nous avons eu une réunion avec l’ALP à laquelle a également participé la délégation de l’ONU, une délégation du PARLASUR…, c’est dire qu’il y a des délégations assez plurielles, mais le degré d’intimidation augmente de jour en jour, et hier il s’est durement manifesté contre le groupe de députés argentins dirigé par Fagioli, qui ont été empêchés d’entrer à la frontière. Ils ont été maltraités — un diplomate qui les accompagnait a été jeté au sol et a reçu des coups de pied — ils ont été arrêtés et finalement il semble qu’ils soient déjà à l’ambassade argentine. Le président argentin, Alberto Fernandez, a condamné la situation et blâme directement le gouvernement de Jeanine Áñez pour ce qui s’est passé », a expliqué M. Pisarello.

« S’ils intimident ainsi les observateurs internationaux accrédités par le Tribunal suprême électoral, nous ne voulons pas imaginer jusqu’où iront les intimidations et les menaces à l’encontre des citoyens ordinaires de Bolivie qui pensent différemment du gouvernement Áñez », a averti M. Pisarello, qui s’est dit préoccupé par « d’éventuelles irrégularités qui existent déjà à l’heure actuelle », comme la « présence non seulement de la police mais aussi de l’armée dans les bureaux de vote et dans le dépouillement des votes, ce qui est inédit » ou les « purges arbitraires qui ont eu lieu dans les listes électorales à l’étranger, par exemple en Espagne ou en Argentine, pays où le vote contre le gouvernement pourrait être important ».

Javier Lezaola

Source : https://laultimahora.es/autor/javier-lezaola/

Traduction : Venesol