Condamnation définitive des tortionnaires du «Circuito Camps»

Après presque huit ans, les peines du procès « Circuito Camps[1] » ont été confirmées, la plupart à la prison à vie.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DES GRANDS-MÈRES DE LA PLACE DE MAI

Avec le rejet de tous les appels présentés par la défense, l’association des Grand-Mères de la Place de Mai (Abuelas de Plaza de Mayo) célèbre la confirmation de la sentence du procès connu sous le nom de « Circuito Camps ». La première chambre de la Chambre fédérale de cassation pénale a mis près de huit ans pour ratifier les 16 peines de prison à vie et les peines de 2 à 25 ans de prison pour les prévenus accusés de crimes contre l’humanité qui se sont produits dans ces centres clandestins. Au cours de ces années, huit des 23 accusés sont morts.

Les faits examinés dans cette affaire sont l’attaque de la « maison de la Rue 30 Mariani Teruggi », ainsi que l’enlèvement, la torture et la disparition de 280 victimes — dont des femmes enceintes, des bébés nés en captivité et des enfants enlevés avec leurs parents ­— dans les centres clandestins qui fonctionnaient au sein des brigades de San Justo et de La Plata, du détachement d’Arana, du 5e commissariat de La Plata, du Puesto Vasco et du Comando des Opérations Tactiques I de Martínez.

Les condamnations

Le 19 décembre 2012, le Tribunal Oral Fédéral de La Plata a rendu la sentence qui a été ratifiée hier par la Cour de Cassation. À cette époque, Jaime Lamont Smart, Miguel Osvaldo Etchecolatz, Horacio Elizardo Lujan, Rodolfo Aníbal Campos, Julio César Argüello, Mario Víctor Nicodemo Sita, Roberto Omar Grillo, Norberto Cozzani, Hugo Alberto Guallama, Carlos García, Domingo Almeida, Luis Vicente Patrault, Bernabé Jesús Corrales, Fernando Svedas, Miguel Kearney et Raúl Rolando Machuca ont été condamnés à la prison à vie ; Jorge Antonio Bergés et Eros Amilcar Tarela ont été condamnés à 25 ans ; Roberto Antonio Cabrera a été condamné à 18 ans ; Ergio Antonio Verduri (15 ans), Daniel Jorge Lencinas (14 ans), Pedro Antonio Ferriole (11 ans) et Santiago Antonini a été condamné à deux ans de prison. Almeida, Aníbal, Patrault, Tarela, Kearney, Svedas, Sita, Antonini sont morts au cours des années du procès.

Parmi les dossiers, il y avait ceux des enfants disparus avec leurs parents ou  nés pendant la captivité de leurs mères enceintes au moment de leur détention. Ce sont : José Sabino Abdala, María Eugenia Gatica Caracoche, Pedro Nadal García, Leonardo Fossati et Ana Baratti de la Cuadra, petits-enfants qui ont été récupérés ; Mónica Santucho, qui a été assassinée ; Clara Anahí Mariani, que nous recherchons toujours ; et María de las Mercedes Molina Galarza, née en captivité. En outre, le procès a touché les femmes enceintes suivantes : Graciela Quesada, Silvia Muñoz Barreiro, Nora Susana La Spina, María Adelia Garín, Silvia Amanda González, Graciela Médici, Mirta Graciela Manchiola, Elsa Lilia Cícero, Diana B. Wlichky, Inés Beatriz Ortega (mère de Leonardo Fossati Ortega) et Elena de la Cuadra (mère d’Ana Baratti de la Cuadra).

Par cette sentence, il a également été ordonné la désaffectation du Poste d’Arana et du 5e Commissariat, aujourd’hui transformé en Espace de Mémoire où travaille la section de La Plata des Grands-Mères, sous la coordination du petit-fils récupéré Leonardo Fossati.

Pozzo de Arana

Suite aux témoignages recueillis lors du procès, l’arrêt de 2012 a également ordonné l’ouverture d’une enquête sur les crimes commis par la police et le personnel judiciaire, des civils et des membres de l’église, ainsi qu’une enquête sur les crimes sexuels. Près de huit ans après ce verdict, de nombreux criminels ont été nommés dans ce procès et n’ont toujours pas été traduits en justice.

Nous nous félicitons de la confirmation des condamnations et espérons que tous les responsables de ces crimes odieux seront bientôt traduits en justice.

Ville de Buenos Aires, 4 novembre 2020

Source : https://www.abuelas.org.ar/

Traduction : Venesol


[1] Ramon Camps, militaire argentin, responsable de la police de la Province de Buenos Aires puis chef de la Police fédérale durant la dictature (1976-1983). Plusieurs centres de détention clandestins ont été organisés sous sa direction dans la Province de Buenos Aires. Il a été condamné pour crimes contre l’humanité et destitué de son grade de général de Brigade.
Le « circuit Camps » comprenait une série de lieux dépendants de la police de Buenos Aires placés sous le commandemant de Camps. Ces lieux, reconnus comme « centres de détention clandestins » font l’objet de poursuites judiciaires pour crimes contre l’humanité depuis 1984.